
À propos de mes professeurs
C’est un immense privilège pour un jeune de trouver un bon mentor. J’ai
eu la chance, pendant toutes ces années, d’avoir été guidé par de
nombreux instructeurs extraordinaires.
Il faut parfois des années pour maîtriser de simples instructions comme
« Baisse ton épaule droite! ». Mais il faut toute une vie pour
comprendre d’autres enseignements comme « À la source de l’illumination
se trouve l’embarras ».
Je ne pourrai jamais remettre directement ce que je dois à chacun de
mes professeurs. C’est en transmettant leur sagesse à d’autres que
j’espère m’acquitter de ma dette. Chacun d’eux m’a enseigné quelque
chose par delà la technique, à propos de la sombre élégance au coeur du
maître, et du moment de fléchir juste ce qu’il faut pour que tout soit
fait et défait à la perfection.
Mes principaux professeurs
Liang Shouyu
Shouyu Liang est l’un des maîtres des arts martiaux les plus
accomplis et les plus progressistes du monde d’aujourd’hui. Dans la
Chine de l’Ouest, il est une véritable légende vivante. Incomparable
adepte et enseignant, il a une longue expérience à la fois des systèmes
moderne et traditionnel des arts martiaux internes et externes ainsi
que du qi gong, et il est un grand théoricien du domaine, ayant à son
actif de nombreuses publications de haut niveau.
Maître Liang est l’un de mes trois professeurs les plus importants. En
1989, je devenais son premier « tudi » accepté (disciple officiel),
grâce en partie à l’appui donné par Maître Yang Jwing Ming, auprès
duquel j’étais déjà officiellement en apprentissage. La première fois
que j’ai été présenté à Maître Liang c’était en 1985, en qualité de
membre de l’équipe nationale canadienne de wushu. Maître Liang était
l’entraîneur de l’équipe pendant les premiers championnats mondiaux de
wushu à Xian, en Chine.
Dans les vingt années qui ont suivi, il m’a enseigné des tas de choses,
y compris le qi gong, le tai chi, le xingyiquan, le baguazhang, le
shaolinquan ainsi que le maniement de diverses armes traditionnelles.
J’ai accompagné Maître Liang à de nombreuses occasions au Canada et aux
États-Unis et j’ai séjourné avec lui à deux reprises en Chine en
qualité d’ambassadeur des arts martiaux en quelque sorte. Lors de ces
voyages, j’ai pu constater de visu l’admiration dont il fait l’objet
partout où il va.
Maître Liang est l’un des êtres les plus amicaux et sociables que j’ai
jamais rencontrés. Son savoir, ses compétences et sa créativité ne
cessent de m’étonner et de m’inspirer. C’est un privilège constant de
lui être associé.
Yang Jwing Ming
Le Dr Yang Jwing Ming se passe de présentation, car il a réécrit
à lui seul les conditions dans lesquelles les arts martiaux chinois
sont enseignés partout sur la planète. Auteur d’une foule d’ouvrages
incroyablement bien documentés sur les arts martiaux et sur des sujets
liés au qi gong, Maître Yang a enseigné à des dizaines de milliers
d’élèves partout dans le monde.
Maître Yang Jwing Ming se démarque dans mon esprit d’abord et avant
tout comme un adepte d’une infinie compétence, et il fait partie de mes
trois professeurs les plus importants. J’ai fait sa rencontre en 1986
et suis devenu un tudi en privé en 1988, puis publiquement en 1989.
Maître Yang avait le don d’expliquer les techniques d’une manière que
je pouvais comprendre. Je n’ai pas passé autant de temps à ses côtés ni
appris un programme aussi chargé que celui que m’ont enseigné Maître
Liang et Brien, mais Maître Yang m’a inculqué une grande partie des
fondements que je connais et que j’enseigne.
Entre 1986 et 1994, j’ai participé à tous les tournois et événements
auxquels Maître Yang était présent afin de profiter de son
enseignement. Parmi les sujets que j’ai étudiés le plus intensément
avec lui figurent le qi gong et sa théorie, le qinna, le pousse-mains,
le chan si jin et le combat à l’épée. À cette époque, j’ai participé à
plusieurs publications qu’il a dirigées avec Maître Liang, notamment à
des livres et des vidéos sur le sujet du xingyiquan et du baguazhang.
L’approche efficace et subtile de Maître Yang vis-à-vis de
l’application, sa capacité de percevoir des liens sous-jacents entre
tous les aspects des arts martiaux, sa grande perspicacité pour
circonscrire le cœur du problème afin de trouver la solution parfaite
ont considérablement contribué à faire de moi le professeur que je suis
aujourd’hui. Peu importe la distance qui me sépare de lui, il continue
de m’enseigner à tous les niveaux.
Brien Gallagher
Après avoir appris la boxe d’un prête catholique quand il était jeune,
Brien Gallagher a commencé sa formation officielle dans les arts
martiaux au milieu des années 1950, obtenant sa ceinture noire en
judo (4e dan), en kendo et en shotokan karaté. Il a participé à des
compétitions nationales en judo et en kendo et à des compétitions
provinciales en karaté. En 1965, Brien a commencé à apprendre le tai
chi comme forme de physiothérapie avec Maître Raymond Chung, et il est
le seul élève à avoir obtenu l’accréditation complète de ce professeur.
Brien étudie cet art martial depuis plus de 40 ans.
J’ai débuté ma formation dans les arts martiaux avec Brien en juin
1980, quelques jours après avoir obtenu mon diplôme d’études
secondaires. Mon apprentissage des arts martiaux avec ce brillant
instructeur durera sept années et chevauchera mes débuts avec les
Maîtres Liang et Yang. Ma formation a surtout porté sur le tai chi de
style yang et le judo, mais j’ai aussi été initié aux styles chen et fu
du tai chi ainsi qu’à d’autres arts martiaux. Pendant presque toutes
ces années, j’étudiais les arts martiaux six jours par semaine et j’y
consacrais de cinq à sept heures le dimanche en formation privée. Génie
du pousse-mains et fin analyste des arts martiaux, Brien m’a appris
comment décomposer les techniques afin d’y trouver l’essence. Il m’a
enseigné le programme complet du tai chi de style yang que j’essaie de
maîtriser depuis.
Pratiquement inconnu dans le monde national et international des arts
martiaux, Brien Gallagher est l’un des spécialistes les plus doués que
j’ai rencontrés à ce jour, et l’un des plus modestes. Quand Brien a vu
que j’avais la possibilité d’étudier avec Liang Shouyu, qu’il a
immédiatement reconnu comme un professeur de haut niveau, il m’a
conseillé d’être patient et il a alors consacré une année de son temps
à me préparer pour Maître Liang. Impossible pour moi d’imaginer un
professeur et un mentor plus généreux.
Jou Tsung Hwa
Maître Jou, connu de milliers de personnes, était un spécialiste
chevronné, un remarquable auteur et une source d’inspiration pour une
foule de mordus du tai chi. Ses trois livres, The Dao of Taijiquan, The
Tao of Meditation et The Tao of the I Ching, ont été publiés dans
de nombreuses langues et sont lus partout dans le monde. Brilliant
mathématicien, millionnaire excentrique et passionné de tai chi, Jou
Tsung Hwa faisait en sorte que chacun sente qu’il faisait partie d’une
communauté importante.
J’ai rencontré Maître Jou la première fois en 1988 à Winchester,
Virginie, où j’avais été nommé grand champion aux Championnats
américains de tai chi. Nous avons tout de suite échangé et entamé un
dialogue qui s’est poursuivi jusqu’à son décès tragique, une dizaine
d’années plus tard. Pendant plusieurs années, au cours du festival
annuel Chang San-feng organisé à la Tai Chi Farm, (une ferme de 108
acres que Jou avait achetée pour la promotion et l’étude du tai chi),
Maître Jou me laissait diriger la cérémonie daoiste traditionnelle
d’accueil de l’esprit de Chang San-feng. Maître Jou était la seule
personne qui pouvait faire rebondir ma tête à travers le seuil d’une
porte en se servant de la technique du déracinement.
Maître Jou croyait intensément aux éléments traditionnels de l’art,
comme le développement du qi, le renforcement du dan tian et la
poursuite de l’illumination spirituelle par la pratique du tai chi. Par
contre, il accordait peu de poids aux définitions de la tradition qui
semblaient serviles dans leur dévotion à la forme. Un peu coquin dans
son genre, il valorisait l’exploration par-dessus tout dans la vie et
n’avait aucun scrupule à partager ses expériences et ses opinions même
avec les maîtres les plus réputés. Sa confiance, sa curiosité et ses
convictions ont eu une grande influence sur la façon dont je définis et
je crée ma propre voie dans l’apprentissage de cet art.
Yang Zhenduo et Yang Jun
Yang Zhenduo est le plus jeune fils de Yang Chengfu, l’un des
personnages les plus influents de toute l’histoire du tai chi.
Probablement le maître chinois vivant le plus connu aujourd’hui, Yang
Zhenduo a parcouru le globe pour faire connaître l’art de sa famille.
Dans ses voyages, Yang Zhenduo a toujours été accompagné et aidé de son
petit-fils Yang Jun, qui, ayant reçu une formation intensément
rigoureuse depuis son jeune âge, est maintenant lui aussi reconnu à
l’échelle internationale.
J’ai rencontré Yang Zhenduo en 1990, à Winchester, Virginie, lors de
son premier voyage en Amérique du Nord, et j’ai eu la chance d’étudier
avec lui et de l’interviewer. Aidé de Yang Jun, Maître Yang a enseigné
à une centaine d’élèves le tai chi de style yang à mains nues, ainsi
que le sabre et l’épée. En 1993, il est venu au Maryland pour donner un
autre cours intensif que j’ai aussi suivi. C’est durant ce deuxième
atelier que j’ai été choisi comme partenaire de démonstration de
pousse-mains de Maître Yang, et que j’ai pu sentir la clarté évidente
de son pousse-mains « Si Zheng », une qualité que j’ai rarement
sentie avec d’autres professeurs ou spécialistes. En 1994, après avoir
parcouru la Chine comme membre de l’équipe nord-américaine de
démonstration des arts martiaux, je me suis rendu à Taiyuan, ville
natale de Yang, pour prendre des cours privés et j’ai été spécialement
invité à participer à un cours d’une durée de sept jours donné par Yang
Zhenduo à des instructeurs natifs de la province de Shanxi.
Yang Zhenduo est un véritable porte-parole de l’art de sa famille et
ses qualités d’homme distingué et diplomate lui méritent sa place dans
l’histoire du tai chi. Ses mouvements, sa force, ses propos et ses
manières sont éloquents et clairs, et il semble inspiré par le même
sens du but qui a motivé son père, son grand-père et son
arrière-grand-père.
Bien entraîné depuis son jeune âge par son grand-père, le tai chi de
Yang Jun est l’un des plus clairs et des plus nets que l’on peut voir
dans le monde aujourd’hui. À partir de l’exemple des Yang, j’ai essayé
d’examiner mes propres formes dans le plus grand détail pour atteindre
cette clarté et cette compréhension du mouvement.
D’autres professeurs influents
Raymond Chung
Au début de 1985, j’ai eu le privilège d’étudier en privé avec le sifu
de Brien Gallagher, le Grand Maître Raymond Chung (né en 1913) qui a
émigré au Canada en 1961.
Les circonstances de cette formation? J’avais été sélectionné dans
l’équipe nationale canadienne de wushu et il était question que je
puisse représenter le système de Maître Chung dans un tournoi de
pousse-mains proposé par les adeptes locaux des arts martiaux chinois.
Pendant trois semaines en 1985, Maître Chung a donc corrigé ma pratique
du programme complet de tai chi de style yang et m’a donné plusieurs
leçons cruciales de pousse-mains. C’est l’unique moment où j’ai étudié
avec Maître Chung, mais son enseignement a eu une profonde influence
sur moi.
Teinté d’une douceur inhabituelle quoique puissant, le pousse-mains de
Maître Chung rivalise avec tout ce que j’ai senti dans mes études
jusqu’à ce jour. Contemporain de Yang Saochong (Yang Sau-chung, le fils
aîné de Yang Chengfu) à l’époque de l’académie militaire, Raymond Chung
a débuté sa formation en tai chi en 1935, et il est l’un des rares
spécialistes qui ont importé le programme complet de tai chi de style
yang en Amérique du Nord. Il est également un expert des styles wu et
sun de tai chi, ainsi que du baguazhang et du xingyiquan. Maintenant
âgé de plus de 90 ans, Maître Chung pratique toujours le tai chi.
Chen Xiaowang
Chen Xiaowang est le descendant de la 19e génération de Chen Wangting,
le créateur de l’art de la boxe de la famille Chen que nous appelons
aujourd’hui le tai chi. Installé actuellement en Australie, Chen
Xiaowang est probablement le plus grand promoteur du tai chi de style
chen aujourd’hui.
En 1984, Chen Xiaowang et Feng Zhiqiang ont publié un livre sur le tai
chi de style chen, et je pouvais passer des heures à examiner les
photos pour y trouver de l’information sur cet art. L’année suivante en
1985, j’ai rencontré Maître Chen à Xian aux premiers championnats
mondiaux de wushu. La longue amitié qui l’unissait à Maître Liang
remontait à leurs années de compétition, et Maître Liang nous a
présentés l’un à l’autre. Ébahi par la performance de Chen Xiaowang
dans la démonstration des maîtres, je me suis promis qu’un jour
j’étudierais avec lui. En 1988, il est venu à Winchester, Virginie,
comme invité spécial à l’événement intitulé A Taste of China. C’était
sa première visite en Amérique du Nord et il a enseigné la forme
ancienne (Laojia) du style chen. Comme j’étais le champion du tournoi
de tai chi de style chen cette année-là, Maître Chen m’a choisi pour la
plupart des démonstrations de la forme, du pousse-mains et des
applications. Ce furent de grandes leçons sur la puissance, car Chen
Xiaowang pouvait disloquer l’épaule de son adversaire sans grand
effort. Plus tard cet été-là, je suis allé à San Francisco pour étudier
encore une fois avec lui, et là encore il m’a pris comme assistant de
démonstration.
Bien que mon intérêt pour le style chen n’ait jamais été aussi grand
que mon intérêt pour le style yang, je tiré d’inestimables leçons de
mes rencontres avec Chen Xiaowang. Il m’a donné une perspective
différente sur l’art du tai chi de celle que j’ai reçue de Brien et de
Maître Liang et il m’a aidé à mieux saisir la manière singulière dont
le pouvoir est utilisé dans le tai chi de style chen.
Men Huifeng
Surnommé l’« encyclopédie vivante », Men Huifeng a été désigné comme
l’un des dix principaux entraîneurs de wushu dans toute la Chine.
Créateur de la forme combinée de Beijing (48 mouvements), de
l’enchaînement de la compétition nationale du style sun, de
l’enchaînement de compétition du tai chi et de beaucoup d’autres, Men
Huifeng est l’un des maîtres les plus influents en Chine aujourd’hui.
Bien qu’il ait enseigné à des milliers d’élèves, je n’ai encore
rencontré personne ayant bénéficié du genre de leçons que j’ai reçues
de lui en 1985 à l’Institut de culture physique de Beijing. En effet,
pendant deux semaines, il m’a donné des leçons privées de deux heures
par jour, m’enseignant des techniques de pousse-mains. Chose
incroyablement rare à l’époque, car le gouvernement avait décrété un
moratoire sur l’enseignement des arts martiaux de contact aux
étrangers. Par un concours de circonstances, il a accepté de
m’enseigner des techniques qui normalement ne sont transmises qu’à des
élèves avancés. À la fin de cette remarquable formation, il m’a demandé
de rentrer en Amérique du Nord, d’enseigner le pousse-mains et de
promouvoir l’art du tai chi. Depuis un vingtaine d’années, je continue
de faire des recherches sur certaines des méthodes qu’il m’a montrées
et je cherche à les perfectionner.
D’autres professeurs de qui j’ai appris
Pendant de brèves périodes, j’ai reçu un enseignement des professeurs suivants :
Fu Zhongwen, Wang Peisheng, Feng Zhiqiang, William C.C. Chen, Benjamin
Lo, Abraham Liu, Daniel Lee, Madame Fu Shuyin, Weilun Huang, MadameWang
Jurong, Madame He Weiqi.
Des contemporains qui m’ont influencé
Nick Gracenin
Aucun autre adepte étranger des arts martiaux chinois vivant
aujourd’hui ne se compare à Nick Gracenin. Sa connaissance technique et
sa compréhension de l’histoire, de la théorie et de l’essence du wushu
sont inégalées. Probablement plus qu’aucun autre des mes contemporains,
Nick m’a aidé à apprécier l’immense privilège qui m’a été donné de
côtoyer les professeurs que j’ai eus.
Jeff Bolt
Jeff Bolt est mon frère des arts martiaux sous la direction du Dr Yang
Jwing Ming. Jeff a organisé le premier événement des arts martiaux
chinois aux États-Unis et est reconnu comme étant le père des
compétitions modernes de wushu en Amérique du Nord. Il est moins connu
pour son incroyable habilité dans les arts martiaux. Il est
décontracté, rapide, concentré et son jeu de pieds est remarquable. Il
m’a montré en quelques instants ce que je cherchais depuis des années.
Pat Rice
Comme Jeff Bolt, Pat Rice a été l’un des pionniers de l’organisation de
tournois expressément consacrés aux arts martiaux chinois. En 1988, Pat
Rice et Steve Rhodes ont élargi leur séminaire annuel intitulé A Taste
of China pour le transformer en un championnat américain de tai chi (le
U.S. All Taijiquan Championships). En plus de donner la chance aux
adeptes du tai chi de se mesurer les uns aux autres en salle,
l’événement rassemblait toute une brochette de grands maîtres chinois
nord-américains de tai chi ainsi que de remarquables instructeurs
venant de Chine. La manière dont Pat a su réunir des adeptes de
toutes les orientations a influencé ma formation, car je me suis ouvert
à une multitude d’influences valables.
Andrea Falk
Andrea Falk a été la première adepte canadienne de tai chi de ma
génération qui m’a réellement impressionné. Seule médaillée d’or
non-asiatique à la compétition Wuhan International Taijiquan Exchange
en 1984, j’avais vu son nom dans des magazines et je l’avais vue dans
le film couvrant l’événement. Nous avons commencé à nous voir dans des
tournois nord-américains au milieu des années 1980, et elle a commencé
à organiser des ateliers de pousse-mains pour moi à son école à
Montréal. Andrea m’a initié à plusieurs concepts importants du
baguazhang et du xingyiquan. Elle continue d’être une adepte passionnée
du neijiaquan, une traductrice et une éducatrice.
Susanna De Rosa et Jay Dunbar
Susanna et Jay sont tous les deux des disciples principaux du regretté
Jou Tsung Hwa. Ils m’ont aidé à comprendre des concepts cruciaux à la
fois du point de vue technique et spirituel de l’approche singulière de
Maître Jou vis-à-vis du tai chi et ils m’ont ouvert la porte à l’étude
permanente du Yijing. Je les considère tous les deux comme mes
professeurs.
Sidney Austin
Sidney était lui aussi un disciple principal de Maître Jou. « Monsieur
Austin », comme aimaient l’appeler ses nombreux élèves reconnaissants,
était originaire du quartier violent de Brooklyn, pas très loin d’où
vivait Malcolm X, et il a beaucoup contribué de son vivant à sa
communauté. Il m’a appuyé dans mon enseignement pendant de nombreuses
années au New Jersey avant de succomber à une tumeur au cerveau en
1993. Son approche censée vis-à-vis du tai chi et de la vie en général
m’a donné une perspective différente et valable sur le monde et m’a été
d’une aide précieuse à maintes occasions dans mes voyages.
Gabby Herloff
Gabby Herloff vit et enseigne à Cologne en Allemagne. Nous nous sommes
rencontrés en 1985 à l’Institut de culture physique de Beijing pendant
que j’étudiais le pousse-mains avec Men Huifeng. Gabby y étudiait aussi
le tai chi et voulait en savoir plus sur le pousse-mains. À l’été 1986,
elle est venu à Vancouver pour étudier avec moi et elle m’a enseigné la
forme combinée 48 de Beijing qu’elle avait apprise l’année précédente
avec Men Huifeng.
Dean Fogal
Dean Fogal et moi-même avons partagé un local à Vancouver de 1985 à
1992. Il y enseignait le théâtre physique fortement axé sur la
technique du mime corporel d’Étienne Decroux avec qui il avait étudié à
Paris dans les années 1970. Bien que Dean Fogal n’ait jamais pratiqué
les arts martiaux, sa méthode d’enseigner le système d’articulation de
Decroux et sa vision particulière de bouger le corps sont des facteurs
importants dans l’élaboration de mon propre style d’enseignement et une
grande partie de mon programme des principes de base.
Mon premier professeur
Tom Masich
Mon père a toujours été un travailleur infatigable et un solide
gaillard. J’ai commencé à travailler avec lui dans des chantiers de
construction à l’âge de 11 ans et j’ai appris tôt la signification de «
gongli », la force de l’entraînement. C’est un entraîneur et un
menuisier et il a littéralement donné des milliers d’heures de son
temps à la communauté en entraînant les athlètes de notre ville. Mes
frères, ma soeur et moi faisions tous partie du club d’athlétisme et il
nous a enseigné comment nous entraîner pour différents sports, comment
faire des poids et haltères et comment apprécier le travail.
Mon père ne m’a jamais enseigné les arts martiaux comme tels, mais
d’aussi loin que je m’en souvienne, nous nous bagarrions. Souvent,
avant l’heure du coucher, nous nous lancions, les quatre enfants, dans
de bruyants ébats et batailles avec papa dans le salon, qui ne
prenaient fin que lorsque l’un d’entre nous se mettait à pleurer ou que
maman en avait assez et qu’elle faisait cesser tout ce vacarme.
On cassait des lampes, on s’essoufflait et on se brûlait les genoux sur
le tapis, mais on avait un plaisir fou dans ces petits combats à
plusieurs boxeurs, qui duraient 15 minutes. Si j’ai si facilement
appris le judo et le pousse-mains, c’est certainement en partie à cause
du sentiment de confort que je ressentais à me rapprocher des autres et
à me bagarrer, quelque chose que j’ai appris de mon premier professeur.